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Plaines diégétiques
Publié en Aphorismes, Blog, Esthétique, Littérature le 20 mars 2007 2 minute(s) de lecture
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J’ai achevé hier Tous les noms de José Saramago avec une légère insatisfaction d’ores et déjà ressentie à l’occasion de l’aveuglement. Dans un cas comme dans l’autre, j’attendais davantage de l’univers extrêmement stimulant créé par l’auteur et suis resté sur ma faim.

Il semble en effet que Saramago ait suivi Borges, préférant susciter une attente que créer une surprise par un retournement inattendu au niveau scénaristique. Au final, le plaisir est donc bien moins à chercher dans la trame que dans le style narratif dont la particularité réside dans le traitement uniforme de toute la matière diégétique. Maximes de la sagesse populaire, dialogues et délires du héros ont ainsi tous droit au chapitre.

Mais cette uniformité, bien loin de s’appliquer au seul contenu, s’exprime également par le recours à une syntaxe réinventée pour l’occasion. Le dialogue avec le plafond reproduit ci-dessous est à ce titre exemplaire:

Le plafond donna à Monsieur José l’idée d’interrompre ses vacances et de reprendre le travail, Tu dis à ton chef que tu es suffisamment rétabli et tu lui demandes de te réserver le reste des jours pour une autre occasion […], Le chef trouvera bizarre qu’un fonctionnaire reprenne le travail sans y être obligé et sans y avoir été invité, Ces derniers temps tu as fait des choses bien plus bizarres […] en tout cas rappelle-toi que ce n’est pas seulement la sagesse des plafonds qui est infinie, les surprises de la vie sont infinies elles aussi, Que veux-tu dire avec une sentence aussi ringarde, Que les jours se suivent et ne se ressemblent pas, C’est encore plus ringard, ne me dis pas que la sagesse des plafonds est faite de ces lieux communs, répliqua Monsieur José avec dédain, Tu ne sais rien de la vie si tu crois qu’il y a autre chose à en savoir, rétorqua le plafond, puis il se tut.

Et puisque nous y sommes, je profite de cette note sur Tous les noms pour évoquer un fait consigné par Saramago dans ce même ouvrage et que le quotidien a tendance à nous faire oublier:

Et si la dame du rez-de-chaussée à droite était morte elle aussi, elle ne semblait pas devoir faire de vieux os, d’ailleurs pour mourir il suffit d’être vivant, et si l’on songe à son âge.


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