menu Menu
Un·e prof de jeux vidéo en Section des sciences du langage et de l'information (SLI)
Détail du processus et des enjeux de cette création historique de poste
Publié en Cinéma, Gamelab, Humanités, Médias, Médiation, Numérique, Suisse, UNIL le 1 octobre 2020 6 minute(s) de lecture
Précédent Littérature ergodique et fictions interactives : les inscriptions pour la formation continue 2021 sont ouvertes ! Suivant

Une fois encore, il aura fallu savoir tenir longtemps sa langue! Désormais, nous pouvons vous l’annoncer : la Section des sciences du langage et de l’information met au concours, pour une prise de fonction en août 2021, un poste de :

Professeur·e assistant·e en études logicielles et matérielles des jeux vidéo et de leurs traces numériques

Cette mise au concours est un événement historique à plus d’un titre. Elle témoigne de la politique d’innovation de notre Université en matière d’humanités numériques. Elle atteste aussi d’une évolution globale des mentalités. Car, croyez-moi, un poste ne se crée pas aisément au sein de l’académie. Connaître les étapes qui l’autorisent permet de mieux mesurer l’importance de cette mise au concours pour le champ des game et des play studies à Lausanne.

Comment crée-t-on un poste à l’UNIL ?

Tous les quatre ans, les président·e·s de sections et de centres doivent produire un rapport dit de “planification académique”. Ce document dresse le bilan des quatre années écoulées en se fondant sur différents critères tant qualitatifs que quantitatifs. Il liste également les différentes besoins de ladite unité, qu’il s’agisse du renforcement de postes existants (augmentation de taux, etc.) ou de la créations de nouveaux. Ces derniers postes doivent être clairement liés à des objectifs stratégiques, au niveau de la recherche et/ou de l’enseignement.

Lorsque j’ai été amené à rédiger ce rapport en 2017 (j’étais alors Président de section), l’absence de poste dédié aux jeux vidéos m’apparaissait comme une lacune patente. Notre Faculté est reconnue pour la qualité et la pertinence de son analyse comme de sa production sur la plupart des objets culturels: oeuvres architecturales, picturales, littéraires, filmiques. Image, son et texte. Autant d’artefacts étudiés par un ou plusieurs départements. Alors, quid du jeu vidéo qui croise tous ces arts? Un groupe de recherche (l’UNIL Gamelab), quelques allié·e·s, mais pas de poste.

Pourtant, le jeu (vidéo) ne cessait d’émerger dans différentes disciplines. Collaboration avec Ubisoft pour une partie de la modélisation 3D du Projet Collart-Palmyre, Gamification d’expérience poétique dans l’exposition Code/Poésie, réalité augmentée dans le théâtre (Projet ARCHAS), et j’en passe. Il était donc plus que temps.

Mis en discussion, amendé, il a été voté par la section dans son ensemble. Dans le cas de notre Département, cela supposait d’obtenir l’aval tant de nos collègues en informatique pour les sciences humaines, que de nos collègues linguistes. L’unanimité était un premier signe, excellent, de l’intérêt pour ce média en tant qu’objet d’études académique.

Mais l’histoire ne faisait que commencer...

Une fois voté, ce rapport de planification académique est remis au Décanat, l’autorité de gestion de la Faculté qui le transmet, avec tous les autres, à la commission de planification académique. Cette dernière rassemble des représentant·e·s de chaque corps, élu·e·s pour des mandats de 4 ans.

Les sensibilités de cette commission sont très diverses, les personnes rassemblées venant de départements et de disciplines très variées au sein de la Faculté. Avec ses 21 unités, la Faculté des lettres est une petite confédération à elle seule.

C’est dans cette commission que l’ensemble des demandes sont évaluées, sujettes à des demandes de clarification, potentiellement rejetées puis – si elles sont retenues – classées par ordre de priorité. Grâce à l’actuel Président de section (Jérôme Jacquin) et à une commission sensible à l’importance de cet objet, le poste, très discuté, a été classé en priorité 1.

C’est fini ? Oh que non!

Une fois l’ensemble voté, le Doyen présente ses demandes budgétaires auprès de la Direction. Là encore, les axes stratégiques sont interrogés et les demandes étudiées minutieusement. La Direction accomplit le même travail pour les 7 Facultés de l’UNIL, puis présente et défend son budget auprès du Conseil d’Etat.

La chaîne de décision ne va pas plus haut. L’accord ou le rejet des différentes demandes redescendent : Direction, Décanat, Commission de planification académique, Présidences de sections et de centres pour finir par nous permettre de vous annoncer que oui, notre demande a été acceptée et que la Direction y a joué une bien grande part.

Ready player one

Ces processus seront suivi d’une mise au concours, elle aussi dotée d’une commission de nomination ad hoc, de leçons probatoires et d’entretiens qui donneront lieu à un rapport soumis au Conseil de Faculté, puis à la Direction, laquelle validera ou non le choix de la candidat·e. Nous serons alors en août 2021. En somme, là aussi, l’histoire ne fera que commencer. Car il s’agira alors de convaincre : le poste mis au concours l’est sans pré-titularisation conditionnelle (ou PTC). La personne retenue aura donc six ans pour convaincre toutes les personnes qui nous ont fait confiance que oui, effectivement, cette spécialité à sa place à l’UNIL.

Mais tout ça, sera pour demain. Retenons ceci : aujourd’hui, de la Faculté à la Direction de l’UNIL, on a affirmé que le jeu vidéo a sa place à l’université et que la Section des sciences du langage et de l’information, en Faculté des lettres, est l’endroit idéal pour ce faire.

Pour l’UNIL Gamelab, c’est évidemment une très grande nouvelle. Mes collègues et moi-même n’avons pas compté nos heures pour partager les trésors que recèle ce champ pour l’académie. Cours publics, colloques internationaux, enseignements, activités de médiation, valorisation du patrimoine vidéoludique, collaborations muséales… Nous avons tout fait et bien plus, en-dehors de nos cahiers des charges et pour la plupart d’entre nous, aujourd’hui encore, sur des contrats précaires. La création d’un poste structurel montre que bon nombre de nos collègues comme de nos institutions politiques partagent désormais notre vision : il n’y a pas qu’un avenir en matière de jeux vidéo, il y a un présent.

Postulations ouvertes dès à présent via JobUnil!


Précédent Suivant

keyboard_arrow_up