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Tristes mérites
Publié en Blog, Littérature, Recension, Sociologie le 29 juillet 2008 2 minute(s) de lecture
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J’ai découvert aujourd’hui le dernier récit de Jean-Denis Bredin et son indéniable congruence. Ce que l’auteur se propose de décrire dans Trop bien élevé en livrant les (brèves) mémoires de ses premières années est surtout montré à même la narration. Tout au long du récit, l’écriture demeure excessivement polie, évoquant événements et personnages avec une pudeur toute bourgeoise. Privée d’innovation formelle et de scènes remarquables, la qualité de l’oeuvre se trouve donc entièrement contenue dans la vérité qu’elle illustre, une vérité qui (à défaut d’emporter le lecteur dans une quelconque révolte) parvient à se montrer très touchante. Car même parvenu à presque 80 ans (l’auteur est né en 1929) Jean-Denis Bredin livre ici un ouvrage définitivement empêché, prude, et qui confirme cette prophétie qu’il comporte:

Excusez-moi, oui, excusez-moi si je suis là, car je vous gêne. Si vous m’avez bousculé, c’est que je n’aurais pas dû me trouver sur votre chemin. Si vous êtes de mauvaise humeur, je dois y être pour quelque chose. Comment vivre, marcher, respirer sans déranger? Frapper avant d’entrer, s’effacer dans les portes, sourire, toujours sourire… Il ne suffira pas d’une vie entière pour se faire pardonner d’exister.

Bien moins dense et virulent que Mars de Fritz Zorn, Trop bien élevé se montre donc tout aussi tragique en offrant le portrait discret d’un homme incapable, jusque dans ses dernières années, de vaincre les conditionnements de son enfance. Les deux ouvrages mis côte à côte et les destins funestes comparés, une résolution s’impose: puisqu’il y a des morts auxquels la mort convient, il faut s’efforcer, à tout prix, de ne pas en être.


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