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Manifeste vidéoludique
Publié en Blog, Sociologie le 30 avril 2008 4 minute(s) de lecture
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Une critique vidéoludique n’entre théoriquement pas dans le cahier des charges que s’est imposé ce blog. Vous le savez, c’est avant tout d’écriture dont il s’agit ici, et ce dans ses diverses composantes, qu’elles soient d’ordre linguistique, sociologique ou philosophique. Mais lorsque la presse s’en prend avec une virulence ignorante à une oeuvre d’un art quelconque, l’amateur éclairé se sent le devoir d’apporter son expertise. Permettez donc cette petite chronique aux allures de manifeste, elle restera exceptionnelle.

Nico Bellic, le protagoniste du dernier GTAIV face à une statue virtuelle

Nous y sommes. Grand Theft Auto IV a envahi tous les centres commerciaux de la planète à la recherche d’une mane que tous les analystes financiers prédisent historique. D’aucuns parient sur six millions de copies vendues durant la seule première semaine, et il n’y aurait là rien de surprenant.

Le titre étant destiné tant à la Playstation 3 qu’à la Xbox 360 (et au PC), ce dernier peut compter sur le parc machine des deux constructeurs, désormais bien implantés internationalement. Face à un catalogue peu saturé en jeux du genre sur l’une et l’autre console et à des campagnes publicitaires agressives, Rockstar a toutes les chances d’actualiser le potentiel commercial du loisir next-gen.

Car Grand Theft Auto est bien plus qu’un jeu, c’est une oeuvre, avec son génie et sa morale. Bouc émissaire d’une société inquiète de sa jeunesse, la série s’est vue à de mupltiples reprises traînée devant les tribunaux pour son déni du politiquement correct et son atteinte aux bonnes moeurs. Dès son premier opus, en plus d’adopter délibérément le parti du truand, la série avait choqué par le peu de cas qu’elle faisait des simples piétons que le joueur s’amusait à répandre en des traînées rouges aux gros pixels. Cette gratuité de la violence que l’armée elle-même tend à masquer à la population en distinguant (sur le papier) les civils des militaires, le premier GTA l’assurait avec une insolence étonnante.

Aujourd’hui, onze ans et trois épisodes plus tard, GTA semble ne pas avoir changé. Le gameplay et la technique ont certes évolué avec les supports, mais le spectateur inattentif a toutes les chances d’être toujours autant choqué par l’impunité et la barbarie de ces meurtres virtuels.

Mais à y regarder de plus près, GTAIV est une oeuvre de maturité. Loin de choisir la facilité en évacuant les codes moraux (GTAI et GTAII) ou en choisissant de surfer sur la vague gangsta (GTAIII), ce dernier opus aborde de front bon nombre de thématiques sociales en portant sur elle un regard de contestation critique.

Le fascicule livré avec le jeu suffit à saisir la portée des accusations portées par Rockstar à l’encotre de la société qui facilite son succès. Loin de se borner à une misogynie et à une misanthropie crasse, ces quelques pages imprimées sont l’occasion pour la firme de s’en prendre à la société de consommation avec une ironie acerbe dans lequel on sent poindre un appel féroce à la responsabilité civique.

Cette responsabilité, GTAIV la conserve une fois le pad en main. Avec pour personnage principal un combattant serbe en déroute attiré par le rêve américain, Rockstar écartait déjà d’un geste magistral la ségrégation sournoise à l’oeuvre dans le jeu vidéo. Mais si l’on considère que le profil de ce même personnage est utilisé pour pointer les misères de l’immigration et interroger – dès le second dialogue – la signification de cette violence vécue dans les Balkans, force est d’avouer que le jeu vidéo donne ici une bonne leçon à bien des produits culturels a priori (et tout le problème est contenu dans cette locution) plus respectables.

Aux avocats qui crient toujours à la corruption de la jeunesse, aux journalistes qui rivalisent de courte vue pour grossir leurs éditoriaux il n’est donc qu’une seule réponse à faire: Mesdames et Messieurs, vous bottez en touche.

Une fresque dans un monde vivant

Et puisque la presse sait aussi s’avérer bonne, je vous recommande cette interview de Dan Houser disponible sur le site Ecran.fr ainsi que le dossier consacré à GTAIV sur ce même site.


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  1. As-tu remarqué que la presse vidéoludiques passent son temps à nous décevoir ces derniers temps ? Il manquent de journalistes sérieux et incorruptibles comme toi… comme nous ! 😉

    Bien vu la remise à niveau, elle donne plutôt pas mal envie de se fournir en GTA même quand l’envie du départ n’y est pas…

    Isaaaaac justiciéééééé, on compte sur toi dès qu’une injustice sera commise à nouveau, hein ?

    Amicalement.

Les commentaires sont fermés.

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