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Amertumes
Publié en Blog, Littérature, Mort, Philosophie, Psychologie le 25 février 2009 2 minute(s) de lecture
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Le Livre de ma mère d’Albert Cohen n’était censé être qu’une petite distraction. Bref ouvrage d’une centaine de pages, couverture figurant une toile paisible d’August Macke, j’imaginais dans ces feuillets prendre congé de mes thématiques usuelles. Grossière erreur. Aux pompes funèbres générales où j’ai achevé sa lecture,  Le Livre de ma mère ne détonnait pas. S’il s’agit bien d’amour filial, s’il s’agit bien de quelques souvenirs rassemblés, l’ensemble évoque davantage le pot pourri que le frais bouquet.

Attention. N’y voyez aucune critique. Comprenez simplement que s’il s’agit certes de mère, il s’agit avant tout de mort. Que si l’opus s’intitule Le livre de ma mère, on aurait tout aussi bien pu l’appeler Le Livre de ma mort tant y est aiguë l’expérience de ce deuil à nul autre pareil, tant y est intime la douleur ressassée, encore et encore, selon la génétique textuelle propre à Cohen.

Dans la perspective résolument athée de l’ouvrage, la mort de la mère se double d’une portée métaphysique. Ce corps qui se désagrège dans la terre carnivore (terre souvent évoquée au fil des pages, comme s’il était possible, dans l’horreur de la putréfaction, dans la contemplation résolue de cette transformation, de se tenir au plus proche de la vérité humaine) ce corps donc a raison de toutes les raisons et confine l’individu à une indépassable solitude en souffrance(s). L’origine du monde anéantie, il ne reste que des fins qui tardent à venir.

Ton crépusculaire, horizon à la Cioran. Avec pareille noirceur, la référence est inévitable. Mais à choisir l’archétype du désespoir, on risque de manquer la singularité d’un genre. En plus des nombreux avatars cités dans l’appareil critique du folioplus consacré au tombeau poétique offert par Cohen à sa mère, il faudrait également ajouter l’encore inédit Journal de deuil de Roland Barthes (quelques extraits ici) et Entretien avec ma mère des frères Taviani, belle invention sur l’impossible oeuvre de Pirandello à sa mère décédée dans laquelle la rupture de l’intersubjectivité apparaît avec la plus grande force.

Dans ce court-métrage, errant dans la demeure familiale abandonnée, le vieux Pirandello s’assied et rencontre le fantôme de sa mère qui tente en vain de le consoler de son absence. Elle: “Tu pourras toujours penser à moi”; lui: “Mais toi, tu ne penseras plus jamais à moi.”


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  1. La mort : mon sujet préféré ;-), belle chronique, comme à l’accoutumée…

Les commentaires sont fermés.

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