menu Menu
Exorcismes
Publié en Aphorismes, Blog, Littérature, Mort, Psychologie, Recension le 10 septembre 2007 2 minute(s) de lecture
Triste Stockholm Précédent Genèses Suivant

Couverture de \

Les raisons qui ont fait entrer A l’ami qui ne m’a pas sauvé la vie d’Hervé Guibert chez Gallimard ne sont sans doute pas celles qui l’empêcheront désormais d’en sortir. Avec l’aide des années, passé le voyeurisme sur les moeurs de Musil (alias Michel Foucault) et le sournois jeu de masques, l’oeuvre se libère peu à peu de sa dimension médiatique pour rejoindre de plein droit la littérature de l’auto-fiction.

C’est presque à la fin de cet ouvrage sans lumière, de ces mémoires dans un souterrain, que j’ai trouvé le mot ci-dessous qui me semble hautement significatif:

L’oeuvre est l’exorcisme de l’impuissance

Sur un plan purement dénotatif, on ne saurait donner tort à Guibert. On peut même se laisser aller à penser qu’il n’y a là, somme toute, qu’une tautologie déguisée. Après tout, l’oeuvre n’est-elle pas la chose faite, l’impuissance sa négation, et l’exorcisme un mot pour cette relation? La citation ici relevée ne dirait en somme rien de plus que “non non-a = a”.

Mais il y a plus, bien sûr, dans cette phrase, qu’une simple évocation d’une des lois fondamentales de la logique classique. Cette dernière recèle non seulement la vérité d’une écriture, mais également, je pense, et de manière sans doute plus fondamentale, une vérité de l’écriture. Reprenons-les tour à tour.

Vérité d’une écriture d’une part, puisque (on le sait) l’oeuvre de Guibert ne naît, ne se pense et n’existe que dans l’horizon de la maladie fatale dont est atteint l’auteur. Cette proximité qui confine à l’adéquation est d’ailleurs exposée d’entrée de jeu en tordant habilement le matériel péritextuel. En prenant une dédicace pour titre, l’auteur amenuise tant la distance entre lui et le lecteur qu’entre son oeuvre et le monde. Par ce procédé, tout se passe comme si l’ouvrage n’avait pas de couverture, cette dernière n’étant pas littéraire mais mondaine.

Vérité de l’écriture (et de la création en général) d’autre part puisque l’oeuvre tend toujours à conjurer la mort de l’auteur en lui inventant une sur-vie dans le monde du dit. Promesse fallacieuse bien sûr dont Bill, par le vaccin qu’il sera incapable de porter, fournit une puissante métaphore.


Précédent Suivant

Les commentaires sont fermés.

keyboard_arrow_up