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Vertiges idéalistes
Publié en Blog, Littérature, Philosophie le 1 février 2007 2 minute(s) de lecture
Mécanique de l'infime Précédent Onomastocratie Suivant

Borges dos à un miroir

J’ai trouvé dans La bibliothèque de Babel que je considère (à ce stade de mes lectures) comme le plus beau texte de Borges cette courte réflexion quant à l’incidence de l’existence de tous les livres:

La certitude que tout est écrit nous annule ou fait de nous des fantômes…

D’abord convaincu par cette déréalisation, j’en suis venu à l’interroger. En quoi cette omni-présence hypothéquerait-elle toute oeuvre littéraire? En quoi l’original irréaliserait-il la copie? On se rend bien vite compte que le rapport en jeu n’est pas purement temporel, que ce n’est pas le simple fait que l’original précède la copie qui rend cette dernière superflue.

Ce qui se rejoue donc ici, c’est bien plutôt une répétition générale de l’axiologie (classique depuis Platon) faisant de l’apparence une dérivation inférieure à l’idée dont elle dérive. Or, même dans le cadre de la création (littéraire ou autre), un tel raisonnement ne peut être validé avec sérieux.

Dans l’infini des temps, que toute découverte ne soit qu’une redécouverte, que toute connaissance ne soit qu’une réminiscence (au sens platonicien) peut certes décourager la recherche elle-même. Mais pour un individu empêtré dans son temps, sa pensée et son lieu, l’oeuvre créée par lui, fut-elle une copie, est investie d’une signification propre, personnelle qui ne peut-être irréalisée, même par un ouvrage en tous points identique.

Borges n’était clairement pas dupe de cette pensée. Il l’a même contredite lui-même dans un autre exposé quasi-contemporain. Dans Pierre Ménard, auteur du Quichotte, l’auteur en question se contraint à reproduire à l’identique le Quichotte de Cervantes pour un résultat textuellement similaire mais reconnu par le narrateur comme phénoménologiquement inédit.

Stirner aurait sans doute apprécié ce raisonnement qui voit les fantômes de la pensée disparaître lorsque se lève le soleil du Moi.


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