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L'informatique comme science humaine
Intervention à la journée de la recherche de la Faculté des lettres (UNIL) du 12 mars 2021
Publié en dhcenter, EPFL, Humanités, Informatique, Linguistique, Littérature, Médiation, Numérique, Rencontres, Table ronde, UNIL le 10 septembre 2021 3 minute(s) de lecture
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Texte de l’intervention à la Journée de la recherche du 12 mars 2021 dédiée au thème “La recherche et le numérique”.

Les humanités numériques sont encore trop souvent conçues exclusivement comme des humanités “outillées” par l’informatique et ses dispositifs, sans que cette instrumentation ne soit considérée comme produisant de réelle modification des pratiques ou des objets de recherche. Cette approche réductionniste s’accompagne de trois risques principaux :

  1. créer un découpage strict, artificiel et néfaste entre “littéraires” et “scientifiques”
  2. réduire chercheuses et chercheurs en SHS à de purs et simples fournisseurs de données pour divers groupes d’intérêt
  3. favoriser un néo-positivisme algorithmique qui pense pouvoir faire l’économie du regard des SHS

Ce cloisonnement des champs de savoir et la stricte division du travail intellectuel ne permettent pas de relever les défis épistémologiques et sociétaux du monde contemporain. Une nouvelle perspective est nécessaire, dans laquelle un traitement de texte n’est pas qu’un dispositif d’écriture, mais aussi une méthode standardisée dans un dispositif technique, à la fois véhicule et créateur de formes culturelles.

Si les outils qui nous sont proposés correspondent parfois mal aux exigences et aux spécificités de nos objets, c’est notamment parce que, à force de délégation et de division du travail, nous n’avons pas pris part à leur élaboration. Il nous appartient, par l’appropriation du langage informatique et de ses cultures, d’inventer des outils qui rendent justice à la richesse de nos usages. Ce n’est pourtant qu’une partie de notre tâche.

L’enjeu des humanités numériques ne consiste donc pas uniquement à mobiliser l’informatique dans les sciences humaines. Il consiste aussi à considérer l’informatique comme une science humaine de plein droit. C’est à nous qu’il revient d’accroître les dimensions du numérique en y appliquant nos méthodes et notre regard pour produire un changement de paradigme.

Les savoirs et les dispositifs liés au numérique gagnent à être décrits, étudiés et réinventés à l’aune des traditions de nos champs de savoir. L’analyse littéraire (via la poétique du code), l’histoire (via l’inscription diachronique des dispositifs), la sociolinguistique (via la documentation des identités sociales associées aux différents langages de programmation) et toutes les disciplines de notre Faculté peuvent participer à cet enrichissement nécessaire.

Pour y parvenir, pratiquer la langue de l’autre est essentiel. Cela passe par l’apprentissage et l’enseignement d’un certains nombre de rudiments, comme par la mobilisation de nos capacités de communication et de partage. Spécialistes de la traduction, des objets en contextes et des pratiques situées, nous sommes les plus à mêmes d’élaborer ces interfaces. Le dhCenter UNIL-EPFL entend être l’un des lieux privilégiés de cette ambition.

William Gibson disait que “le futur est déjà là – il n’est simplement pas réparti équitablement.” Donnons-nous la chance d’être d’aujourd’hui comme de demain.

Isaac Pante (Directeur académique UNIL du Digital Humanities Center UNIL-EPFL, Président de la section des sciences du Langage et de l’information (Faculté des lettres, UNIL), Chargé de mission scientifique en transition numérique (Direction UNIL)


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