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NOUS/1
Spectacle de Fabrice Gorgerat (Cie Jours tranquilles) sur le massacre d'Orlando
Publié en Evénement, Politique, Psychologie, Sociologie, Théâtre le 4 janvier 2019 3 minute(s) de lecture
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NOUS/1

Il y a quelques temps, ce rusé d’Alain Kaufmann me conviait à l’Espace Mont-Blanc le temps d’une rencontre avec la Cie Jours tranquilles. Peu d’indications, mais une envie féroce de mélanger les éprouvettes et – forcément – une idée derrière la tête (on ne devient pas Directeur d’une unité dédiée à la recherche-action, collaborative et participative pour rien).

Nous descendons du bus. Il pleut dru devant Casernes. La porte passée, l’ambiance est amicale, juste crispée par l’interruption d’un travail commencé il y a plusieurs heures, plusieurs mois. Les représentations approchent. Si beaucoup de choses sont déjà arrêtées, tout peut aussi être chamboulé d’un instant à l’autre. Pas question d’abattre une pensée qui cherche à rester vivante.

Je replie le parapluie, serre des mains, essaie vainement de retenir les prénoms et les rôles. Autour de la table, plusieurs pays, presque autant de langues. Il faudra naviguer du français à l’anglais. La compagnie rassemble des regards, pas des frontières. Sur le mur, quatre feuilles A3 listent autant de manières de répondre à une question qui taraude Fabrice Gorgerat depuis près de deux ans. Il me l’explique en quelques phrases, qui servent désormais d’annonce au spectacle.

Le 12 juin 2016, le massacre d’Orlando, premier assassinat homophobe de masse m’a déchiré. Et pas là où on aurait cru. […] J’ai pleuré pour Charlie, j’ai pleuré pour le Bataclan mais je ne veux plus. Aussi quand certaines chaînes de télévision américaines, très vite relayées par leurs collègues mondiales ont – de manière complètement erronée – laissé entendre que la motivation du tueur serait son homosexualité refoulée, j’ai sauté dans la brèche. J’ai eu besoin de sauter dans cette brèche. Il y avait une explication, un moyen de donner du sens. Ce n’était pas une abomination de plus mais le fait d’un pauvre type incapable d’assumer son homosexualité. J’ai fait urgemment mienne cette explication. Elle m’arrangeait. N’importe quoi plutôt que l’absurde, une explication à tout prix, une raison.
Expliquer l’horreur pour y survivre, à n’importe quel prix. J’ai préféré m’accrocher à cette version simplificatrice parce qu’il m’était impossible d’assimiler une abjection de plus, j’ai préféré « penser faux ».
Aussi se pose la question de notre posture face à un monde de plus en plus insaisissable où une angoisse diffuse imprègne nos jours. Que faire, sommes-nous condamnés à subir cette angoisse ou à nous fourvoyer dans des explications données clés en main, existe-t-il une alternative?

Penser faux pour ne pas souffrir, au risque d’aggraver le problème. Alain avait vu juste : il y avait matière à parler de logique paradoxale, de prescription de symptôme, de tentative de solution, bref, de thérapie stratégique.

La discussion a duré deux heures, puis deux bières. Pour la Cie des Jours tranquilles, elle s’est poursuivie bien au-delà de ma brève apparition. Elle se poursuivra avec NOUS/1 (c’est-à-dire vous), sur les planches du 2:21, du 12 au 24 février 2019. Et autant vous le dire tout de suite : j’ai hâte !

Informations et réservations en cliquant sur l’image ci-dessous.


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