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Hacker Chestel
Intervention dans le cadre de la soirée "Joue ton savoir" à l'UNIL
Publié en Evénement, jeu, Numérique, UNIL le 19 février 2019 5 minute(s) de lecture
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Grégory Thonney n’est pas seulement un étudiant talentueux. C’est aussi un fervent défenseur du jeu de rôle au travers d’Ars ludendi, une association à but non-lucratif. Désormais engagé par le Service Culture et Médiation scientifique de l’UNIL, il a joint le nécessaire à l’agréable en proposant de mettre sur pied une journée Joue ton savoir destinée à valoriser le jeu de rôle en tant qu’instrument d’apprentissage et de médiation.

En me proposant de participer à l’organisation de cet événement, Grégory ne prenait pas trop de risque. Défenseur ardent du jdr dans les années 90, maître de jeu depuis 22 ans sur la même campagne, membre du jeune UNIL Gamelab engagé dans la promotion du ludique en tant qu’élément académique… Bref, malgré le peu de temps à disposition, j’étais une proie facile.

Je m’attendais à l’organisation d’une journée d’études (il y aura aussi), à une invitation d’Olivier Caïra (aussi) et à une publication d’actes (ça aussi). Mais Greg avait encore une autre idée en tête.

Ce qui serait chouette, ce serait de montrer que le jeu de rôle permet de transmettre des contenus académiques. Tu pourrais par exemple proposer une partie de jeu de rôle sur la programmation Javascript. En mars.

– Honnêtement Greg, entre le Département, les livres à écrire, la Présidence de section, gare au gorille, les cours, les actes, le colloque international sur les langages du jeu vidéo, non, ça ne serait pas une bonne idée.
– Ok, alors c’est non?
– C’est oui évidemment.

Durée de la partie ? Une heure. Public spécialisé ? Plutôt pas. Il faut donc amener des gens qui n’ont peut-être pas roulé de dés depuis le jeu de l’oie à expérimenter le jeu de rôle et qu’ils en ressortent avec quelques notions de programmation. Tout ça à préparer entre deux séances de commission.

Bref, le genre de défi qui me plaisent. Restait à trouver une mécanique de jeu adéquate. C’est là que j’ai repensé au Docteur Chestel.

Viens voir le docteur

La méthode du docteur Chestel reste l’une de mes meilleures expériences de convention de jeu de rôle. Je m’étais enfui d’un Nam68 multi-table, petit bijou de réalisme en matière d’ennui militariste, avais erré dans Sat un moment, trouvé deux joueurs et les avais lancé dans la tête d’un patient le temps d’une partie pirate. Le soleil se levait sur l’EPFL quand mes compères finirent par guérir leur patient. La nuit s’était enfuie en un clin d’œil.

Pour qui ne connait pas l’univers, la méthode du docteur Chestel est un jeu de rôle français de Daniel Danjean paru en 1991. Bien avant Inception de Christopher Nolan (du coup très « déjà vu »), la méthode projette les joueurs dans l’univers mental (dit « intracos ») de patients fortunés. Là, ils doivent contourner les défenses psychiques du patient (réel danger pour les joueurs) et mener à bien les actes thérapeutiques.

Pour certains puristes de l’époque, la méthode était moins un jeu de rôle qu’un puzzle grandeur nature, puisque les joueurs devaient rester discrets, avec relativement peu de « roleplay ». Pour les autres, ce Docteur Chestel était et reste un petit bijou narratif, avec des mécaniques inédites et un système de blessures d’une complexité à jeter (eh oui, 1991, ça reste old fashion).

Hacker Chestel

Restait bien sûr à modifier le jeu pour y intégrer la programmation. Pour ce faire, deux modifications principales ont été apportées à la mécanique de jeu.

  • Les séquences de jeu dans l’esprit du patient sont limitées à un maximum de dix minutes pour un total de 45 minutes. Ce chrono a le mérite non seulement de cadrer la durée totale du jeu, mais aussi d’introduire une mécanique itérative de correction du monde du patient, qui ressemble furieusement à la pratique du débogage.
  • La pensée du patient est présentée sous la forme d’une notation objet, que les participant·e·s vont devoir documenter, enrichir et modifier. Les modifications devront également être réalisées en respectant une syntaxe élémentaire (voisine du pseudo-code) et intégrant des conditions et des boucles.

Le résultat, je vous invite à venir le jouer le 19 mars prochain, à la Grange de Dorigny, lors de cette belle soirée Joue ton savoir. D’ici là, la parole est au Docteur.

– Nous savons depuis longtemps que l’esprit est structuré comme un langage, mais nous sommes les premiers à offrir un moyen d’explorer l’univers psychique de nos patients et de le modifier. J’ai appelé cette méthode la « psychiatrie digitale ». Elle amène les thérapeutes à entrer dans des réalités virtuelles modélisées à partir du psychisme du patient, puis à le corriger par des interventions ciblées.
– Erika Papert, « New York Times ». Et en quoi consiste la thérapie?
– C’est complexe. Pour simplifier, nous identifions les variables propres du patient, repérons les boucles de rétroaction à la source de la pathologie et les modifions. L’esprit est flashé et testé dans son nouvel état à plusieurs reprises jusqu’à obtention d’un équilibre sain. Dans 80% des cas, 4 à 5 séances de 5 à 10 minutes suffisent à soigner des pathologies lourdes ancrées depuis des décennies.
– Marc Darieux, « Neurosciences aujourd’hui ». Excusez-moi, mais à vous écouter, cela ressemble furieusement à de la programmation.
– C’en est.

Inscriptions (gratuites) ici !
Et pour voir qui vient, voici la page Facebook de l’événement.


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